LE SOLEIL : INTERVIEW / « La Fika témoigne de la renaissance économique du Saloum »

Serigne Mboup :

« La Fika témoigne de la renaissance économique du Saloum »

Serigne Mboup est l’un des promoteurs de la Foire international de Kaolack (Fika). Il se prononce sur les enjeux et défis de cette manifestation commerciale sous régionale, les chantiers de l’institution qu’il dirige, les difficultés de la filière arachidière et le projet de réformes des chambres de commerce et d’industrie.

La deuxième édition de la Foire internationale de Kaolack a ouvert ses portes avant-hier. Comment appréciez-vous le démarrage de cette présente ?

Très positif. Organiser une 2e édition en moins de deux ans, n’était pas évidente. Nous l’avons réussie en renforçant le caractère international de l’événement. Pour la première édition, la foire était circonscrite aux pays membres de l’Uemoa. Aujourd’hui, nous avons ceux de la Cedeao. Cela montre qu’on est monté en régime dans notre ambition de positionner cette manifestation commerciale dans l’espace communautaire. A la première édition, nous avons enregistré 50 000 visiteurs et 300 exposants. Pour cette édition, les 300 exposants ont été largement dépassés.

Qu’est-ce qui a motivé l’organisation d’une telle manifestation commerciale avec une vocation régionale affirmée ?

Nous avons tendance à oublier que la région naturelle de Kaolack a abrité la première foire commerciale du Sénégal dans les années 70 sur le site du Port maritime, bien avant la Foire internationale de Dakar (Fidak). Cette manifestation avait pris une envergure internationale avec des exposants venus du Mali, du Niger et de la France. A l’époque, nous étions très jeunes mais déjà conscients du rôle central de notre région dans l’économie nationale. Le Sine-Saloum était le poumon économique du pays avec la culture de rente de l’arachide qui constituait la première recette des exportations et faisait de Kaolack une plaque tournante de la sous région. Le besoin de renouer avec cette posture de locomotive du développement économique et social sur le plan national nous a poussé à organiser cette manifestation pour mieux exploiter la position géographique de Kaolack, principal carrefour des voies terrestres de la sous région. La seconde raison est liée à l’impératif de mener une synergie au sein des acteurs économiques pour accompagner au niveau local la vision du président de la République à travers le Plan Sénégal émergent (Pse).

La réhabilitation du Port maritime de Kaolack figure parmi les principales préoccupations exprimées par vos pairs à l’ouverture de la Fika. Qu’est-ce que la réalisation d’un tel projet pourrait apporter à l’économie locale ?

Il ne s’agit pas seulement de l’économie de Kaolack mais celle de toute la région du Sine-Saloum. Cette infrastructure a joué et pourrait jouer un rôle stratégique dans le développement économique et social des régions centres du Sénégal. Le port maritime de Kaolack fut le premier port fluvial en termes de volume de marchandises transportées en Afrique occidentale française (Aof), au lendemain de la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, l’ensablement du chenal et la faiblesse du tirant d’eau l’empêchent d’accueillir des navires d’un certain tonnage. Si on le réhabilite, il pourrait constituer une alternative pour décongestionner le corridor international Dakar-Bamako. En dépit de cette contrainte, les efforts consentis par la chambre de commerce de Kaolack ont permis à ce port d’accueillir, en moyenne, quatre petits navires par mois.

Ce qui donne un regain d’activités à ce port et entretient l’espoir. Pour le port sec de Mbadakhoune (Kaolack), il s’agit d’aménager une aire de stockage de conteneurs qui seront répartis par un système de ferroutage vers les grandes agglomérations urbaines comme Dakar, Touba ou Mbour en contournant les embouteillages routiers. Ces deux projets sont pourvoyeurs de milliers d’emplois dans la zone et ont un effet d’entrainement pour toute l’économie de la région.

La décision du gouvernement de taxer les exportations d’arachide divise les acteurs…

Dans cette affaire, il y a beaucoup de confusion. C’est le gouvernement du Sénégal qui est parti en Chine négocier un protocole d’accord pour l’exportation des graines d’arachide. Ce fut une bonne affaire pour les producteurs. Nous sommes dans une situation où le principal acteur reste le producteur. Tout devrait se faire en tenant compte des intérêts de ce dernier. Le problème, c’est qu’il faut arriver à réaliser un niveau de production pouvant satisfaire tout le monde. C’est inconcevable que 57 ans après les indépendances, qu’on ne dépasse pas le million de tonnes. Si nous parvenons à atteindre les 3 millions de tonnes, c’est sûr que chaque acteur y trouvera son compte.

Le projet de réformes des chambres de commerce, d’industrie et d’agriculture en est à son dernier stade après le vote de la loi à l’Assemblée nationale. Quelle est la position des élus consulaires que vous êtes sur ce projet ?

Notre avis est très clair. Le commerce n’est pas un métier mais un service. Ce qui serait mieux, c’était de maintenir le système actuel avec un nouveau dispositif d’appui. Mais il se trouve que l’Etat a une vision différente de la nôtre avec trois ordres de chambres consulaires : une chambre nationale agricole avec des chambres départementales, une chambre nationale des métiers et des chambres régionales et enfin une chambre nationale de commerce, d’industrie et de services avec des représentations régionales. Cela procède de la volonté de l’Etat et de la vision des autorités centrales qui ont une vision plus globalisante de la question. Nous ne pouvons qu’y adhérer même si nous demeurons convaincus que cette scission aura un impact sur le plan régional et même international. La preuve à la Chambre consulaire régionale de l’Uemoa, c’est le terme générique regroupant toutes les institutions consulaires. Mais la volonté de l’Etat prime sur tout. Il faut peut être encouragé la libre expression au sein du secteur privé national et travailler à ce que les élus consulaires puissent influer sur la marche de l’économie nationale et sur la mise en œuvre de réformes engageant leur secteur d’activités.

Source le soleil